Une rose et un balai, Récit de vie
Éditeur
Faim de siècle
Date de publication
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Une rose et un balai

Récit de vie

Faim de siècle

Offres

  • AideEAN13 : 9782940707034
    • Fichier EPUB, avec Marquage en filigrane
    9.49
La couleur orange est aveuglante. Personne ne distingue l’homme dans sa tenue
de travail, dont l’éclat fait aussitôt barrière : circulez, rien à voir, juste
un balayeur. Celui-ci fait exception, la rose fraîche attachée à son chariot
d’ordures le rend visible et le fait remarquer. Le truc est bien connu, les
chefs d’Etat aussi ont un fanion à leur voiture, il demeure efficace. On
cherche à voir qui se cache derrière les vitres teintées ou sous la tenue
orange. Avec Michel Simonet, on n’est pas déçu.

Cet homme porte sur lui la joie qui l’habite. Non pas l’hilarité bruyante du
rigolo, mais un bonheur paisible que le regard atteste et que vient nuancer
une pointe d’ironie – les lunettes à monture orange assortie au costume de
travail, par exemple. Une joie profonde et discrète, celle de l’âme et de
l’esprit, celle du croyant et du lettré. Pour l’âme, il s’en explique sans
forfanterie ni fausse pudeur : «chrétien à l’air libre», avec «la foi du
cantonnier», suivant le Christ en souliers à coque renforcée. Pour la gamberge
littéraire, il l’assaisonne de clins d’œil potaches, signant «Joachin du
Balai» ou pastichant Prévert : «Je vous salis ma rue…» Notre balayeur n’a rien
de pédant, mais il est conscient de son capital culturel. Formé au collège
Saint-Michel, pour tout dire, sur un modèle classique à l’épreuve du temps.
Humaniste, on peut le dire aussi.

Cela se voit bien dans son rapport au travail, intellectuel ou manuel. Je me
plais à situer Michel Simonet dans la ligne du formidable savant bâlois de la
Renaissance, Thomas Platter, homme de plein air et infatigable marcheur lui
aussi, frotté lui aussi de latin, de grec et d’hébreu, qui n’était pas capable
seulement d’écrire un livre, mais encore de l’imprimer et de le relier de ses
mains. Il n’y a pas, aux yeux de ces gens-là, d’ouvrage noble et d’ouvrage
trivial, seulement du travail bien fait ou bâclé. Il n’y a pas non plus de
travail facile. Les outils du balayeur sont lourds, ses horaires pénibles, et
l’humeur du ciel souvent difficile à supporter. Lui voit le bon côté des
choses : passer sa vie en plein air, tenir une belle forme athlétique, et
jouir dans son emploi du temps d’appréciables marges de liberté. Humanisme,
optimisme, cela va de pair : cherchez le bon côté des hommes et des choses,
enseignaient les Anciens, il en existe toujours un.

Et quelle joie de le découvrir, ou de le retrouver ! Notre balayeur me fait
penser à l’ouvrier des trams dont Italo Calvino a fait le héros d’un livre de
contes : Marcovaldo enchante sa banlieue milanaise comme jadis Merlin la forêt
de Brocéliande. Tous deux pourvus d’une famille nombreuse et d’une humble
occupation, Marcovaldo et Simonet dénichent en toute saison des merveilles au
fil des rues, au rebord des trottoirs, au pied des réverbères… Pauvres
touristes, qui arpentez nez en l’air les centres historiques, vous ne
connaîtrez jamais que tours de cathédrales et frontons de palais ! Les vrais
connaisseurs marchent les yeux au sol, ils regardent à la bonne hauteur. Ils
savent que le tissu urbain n’est pas architectural d’abord, mais social, et
que sa trame est faite d’indices à interpréter : un mégot, une canette, un
préservatif, une fleur séchée, une mitaine d’enfant… Au bout de la piste, un
peuple entier, avec mille histoires d’amour, de solitude ou d’amitié. Et comme
toujours, la quête est plus belle encore que le but.

Michel Simonet a donc fait ce livre foutraque et plein de santé, qui ne
ressemble à rien, sauf à ce dont il traite : un homme, son métier, sa ville.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né à Zurich en 1961, **Michel Simonet** est arrivé à Fribourg en 1969. Après
le Collège Saint-Michel (section commerciale), il a travaillé quatre ans comme
comptable dans une radio libre, puis étudié deux ans la théologie catholique.
Il est marié et père de sept enfants de 30 à 16 ans. Il est balayeur à
Fribourg (Suisse) depuis plus de 30 ans.
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